École de Cyclisme


Éducateur! ou comment ne pas se tromper de buts !

 

A quoi servent les éducateurs de clubs cyclistes sérieux ?

 

Demander à un apprenti cycliste de 10 ans de rouler avec son vélo en direction d'un bidon posé au sol, de l'attraper et de se diriger pour le déposer dans un cercle 20 m plus loin, à quoi ça sert ? Quel est le but ?

 

L'éducateur compétant, ne lui demande pas d'exécuter cette action de manière à être compétitif seulement les semaines à venir lors d'une épreuve cycliste. Il lui demande cela afin de développer des qualités qui lui seront indispensables si ce jeune veut devenir un cycliste de  haut niveau, voir de très haut niveau.

 

Rouler avec un bidon dans une main, demande de guider son vélo de la seule autre main et donc développe la coordination et la maniabilité. Se baisser pour attraper ou reposer ce même bidon, demande de la souplesse. Mais aussi de l'intelligence pour mettre en bas la bonne pédale et de ne pas bloquer son  haut du corps avec sa cuisse. Enfin l'adresse est mise à contribution et  l'exercice développe le sens de l'équilibre.

 

On apprend aussi l'intérêt d'être en groupe, en équipe, pour observer ceux qui réussissent le geste parfait et comprendre comment s'y prendre à son tour pour les imiter. Enfin  on apprend à être persévérant.

 

Mais tout cela ne peut fonctionner que sous la conduite d'éducateurs qui ont la vision et qui demandent de la rigueur, sans contraintes excessives et qui éduquent sans ''l'air d'y toucher'' en s’appuyant sur le côté ludique.

 

Cet exercice, qui est un exemple parmi tant d'autres, ajouté à des heures et des heures d'entraînement à exécuter ces autres exercices,  permettent de rendre l'apprenti cycliste à l'aise avec son vélo. Un jour il donnera l'impression aux observateurs que tout ce qu'il exécute sur un vélo est facile et est à la portée de tous. Faire oublier que l'on joue en étant sur un vélo, que celui-ci ne nous entrave pas dans nos mouvements est le but à atteindre. Alors, le vélo deviendra presque une partie de nous même.

 

Si les écoles de cyclisme n'ont pas pour unique but de faire des cyclistes de compétition performants, elles doivent apporter cette facilité à des enfants, qui de toute façon, en tireront un bénéfice pour leur équilibre, pas seulement physique, mais aussi mental. Estime de soit, confiance.............etc.

 

Participer à des cyclo-cross pour travailler les trajectoires, les relances, l'agilité, trouver instantanément le bon braquet, travailler la force et l'agilité, la souplesse sur les obstacles et habituer  son organisme à des départs canons, fait partie du bagage  technique à acquérir. Le coureur intelligent se rendra compte aussi grâce à cette spécialité qu'il manque de gainage. Mais aussi peut-être de caractère pour gagner sa place dans les départs ou pour rentrer avant un adversaire dans une partie délicate du circuit.

 

Participer à des épreuves sur piste, permettra de se rendre compte d'un manque de vitesse de jambe et de vigilance ou de savoir se placer sans se faire enfermer. Travailler sa position, sa puissance explosive, sa capacité à pouvoir changer de rythme sans cesse et j'en passe est aussi très utile.

 

Il y a de plus en plus de cyclistes du cyclisme traditionnel qui s'orientent vers la piste ou le cyclo-cross, car il y a de moins en moins d'épreuves sur route, surtout l'été et que les hivers sont moins rudes. Mais pour les routiers qui veulent côtoyer le haut niveau le passage vers ces 2 disciplines ou au moins une des deux est aussi indispensable.

 

Si à 10 ans, la coordination et l'adresse sont nécessaires pour rouler tout en tenant un bidon dans une main, elles sont indispensables à 20 ans. Comment dans un peloton ''élites'' de 160 coureurs descendre chercher des instructions auprès de son D.S et les remonter dans un temps record à ses coéquipiers sans se faufiler comme une anguille au milieu de ses congénères ? Comment remonter à ses copains plusieurs bidons sans chuter en passant à 50 km/h un rond point ou en sautant des dos d’ânes ? Comment sauter latéralement un trottoir pour éviter des coureurs à terre ? Comment attraper en plein peloton un bidon tendu par un assistant, sans mettre en danger d'autres coureurs ? Comment revenir dans un peloton le plus rapidement possible en se faufilant au milieu des voitures suiveuses après avoir été victime d'un incident de course ? Enfin comment garder sa place en tête de paquet dans les derniers kms d'une arrivée en sprint massif ?  Comment enfiler sous la pluie et les rafales de vent un coupe-vent tout en pédalant sans se foutre sur le cul et l'enlever quand il colle au maillot ?

 

Voilà des exemples de ce que doit savoir faire un coureur de niveau correct quand il court en équipe. Mais à un niveau en dessous plus le coureur sera passé par une formation complète, qui se travaille avant 18 ans et plus il économisera  des forces au seul service de son physique.

 

Demain, ces coureurs pourront dire merci a ces éducateurs qui travaillent dans l'ombre. Hélas aujourd'hui, depuis plusieurs années, ceux-ci sont en voie de disparition et trop peu de personnes s'en préoccupent. D'autres s'improvisent éducateurs sans essayer de comprendre comment on développe des qualités chez un cycliste. Ou sans se poser la question :  à quoi sert cet exercice en école de vélo et pourquoi il faut le faire exécuter en corrigeant certaines erreurs plus que d'autres. Une quille à contourner, à éviter à ne pas faire tomber sur un parking n'est rien d'autre qu'un trou, vu au dernier moment, à éviter sur la route. Cet exercice est encore plus compliqué dans un groupe. Faire tomber la quille ça peut faire rire, passer dans un trou et chuter, avec toute les conséquences qui peuvent en découdre, ça fait beaucoup moins rire.

 

 Alors il restera toujours dans des écoles de cyclisme, ce qui en soit est aussi louable, des gens qui occupent des enfants à s'amuser les mercredis. Et comme partout, il y aura toujours des phénomènes, naturellement doués qui passeront à travers les mailles du filet et qui feront avec un minimum de formation, des athlètes performant. Cependant ceux-ci devront au moins être confrontés dès 16, 17 ans aux conditions qu'ils trouveront à 20 ans au niveau qu'il voudront atteindre. C'est donc  pour ça qu'un éducateur de jeunes cyclistes doit avoir de préférence une vision du cyclisme et heureusement c'est le cas chez nous.

 

J-Ray.